dimanche 1 avril 2012

Début tardif mais festif !

En arrivant sur Auron à la fin du mois de Mars pour débuter ma saison de compétition, j'ai l'intention d'évaluer ce qui reste de mon goût et de mes envies de course. Après quatre mois d'interruption provoquée par le bris de ma clavicule gauche (ainsi que de ma fixation et ma coque, refaite cet hiver par Laeser & Lenoir) je commence donc ma saison par la finale de la Coupe d'Europe, non ce n'est pas un poisson d'Avril. Sous la chaleur printannière des Alpes du Sud, les conditions sont favorables à une reprise en "douceur", entouré de l'équipe de France quasi-complète.

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Deux succès à la coupe de France du Grand Bornand en slalom et parallèle quinze jours plus tôt n'ont pas suffi à me redonner entièrement confiance. J'aborde ce géant matinal - reconnaissance à 7h30 - avec prudence. La piste est gelée mais je me réjouis d'entendre les entraîneurs constater que c'est une 'fléchette', sous entendu, ça tourne énormément. Je préfère un géant lent pour commencer.
Je n'ai aucune pression : personne n'attend rien d'un retour de convalescence. Du coup, je suis plutôt relaché au départ, avec l'idée d'"être propre". Je me souviens de la première manche du Géant des Jeux de Vancouver où un tracer très serré avait surpris tout le monde. Personne ne pourra faire de grandes envolées entre ces piquets ; il faut simplement être fluide de haut en bas. Je doute un peu que mes équipiers français ne tirent parti de leur dual-ski (deux skis au lieu d'un) sur ce style de tracer avec de la neige très dure.

Quand je passe la ligne d'arrivée, j'ai la satisfaction d'avoir fini sans commettre de bourde majeure. Je suis resté haut pour pouvoir donner un chouia d'accélération au passage des portes. La glace ne m'a pas géné et mon nouveau ski Salomon que j'étrenne a très bien réagi. Mais c'est toujours diffiçile d'évaluer la qualité d'un passage. Seul le chrono et la position donnent la mesure exacte de la performance. J'entends indistinctement le haut parleur qui annonce mon temps, mais le panneau d'affichage est hors de vue. Romain qui est à coté me dit que je suis quatrième. Pas trop mal, mais ce n'est pas parce que je vis près de la Suisse que je devrais avoir une médaille en chocolat ! A ma surprise, Fred, Yo et Nico sont derrière et Olivier et Loís (membres de la relève) font des courses très honorables pour leur première coupe d'Europe.

La deuxième manche est beaucoup plus ouverte, mais je suis décidé à continuer sur le même mode prudent, en minimisant les prises de risque. Plutot finir que tout gacher. Le parcours, dessiné par notre coach Stéfan, est très agréable à skier et je lache un peu plus la vapeur tout en conservant des trajectoires hautes - ça s'appelle "bétonner sa course", mais je ne le fais pas vraiment exprès. La ligne franchie, je suis soulagé d'entendre que je suis en tête - avec l'espoir de gagner au moins une place. Quand le haut parleur annonce que le troisième vient d'abandonner, je saute de joie (et croyez moi, ficelé sur le bob, ce n'est pas façile) - avec l'espoir de gagner encore une place... mais les deux premiers, un allemand et un autrichien, arrivent loin devant. Ils ont encore un peu plus creusé l'écart. Grosse émotion que ce podium car il arrive juste après un retour de blessure, avec cette clavicule ressoudée de travers qui me fait encore mal. Les copains me félicitent. Je ne suis pas le seul à être étonné.

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 Le lendemain, je n'ai pas complètement digéré l'excitation de la veille et j'arrive sur la course du Spécial dans cet état que je sais peu propice aux bons résultats: trop de fatigue et de pensées parasites. Néanmoins, je me concentre au mieux en tentant d'évacuer le superflu. J'ai rechaussé mes vieux skis tout mous (qui font la honte de mes entraineurs) avec lesquels j'ai tant courru, que je connais par coeur et qui me guarantissent des courses sans risque. Il faut dire à ma décharge que c'est avec mes skis neufs, plus rigides, que je me suis blessé cet automne... en Spécial. J'enchaine avec facilité quelques piquets d'entraînement pour reprendre mes marques. C'est dans la discipline du Spécial que je pense avoir le plus de chance de médaille. Ça a toujours été ma course de prédilection. Je vois que Fred a troqué son pied de dual pour un uniski tandis que Yo a gardé les deux skis. Je ne peux m'empêcher de penser que Fred est aujourd'hui un concurrent sérieux et je regrette un peu que Yo n'ait rien changé (improbable dual en slalom sur une piste gelée...). Bref, des pensées inutiles... Avec Olivier et Stan (la relève), nous enchaînons quelques pistes d'échauffement mais sur cette neige abrasive, les carres perdent vite de leur tranchant.

Mes sensations sur la première manche ne sont pas mauvaises mais je suis dans l'illusion. Le chrono livre une vérité moins glorieuse que je n'espérai: je suis 7ème. Très loin derrière. Rien de catastrophique mais un retour dans une réalité plus logique que la veille. Ma forme physique et ma tonicité douteuse me laissent peu de chance de jouer dans la cours des grands aujourd'hui. Avec un optimisme irraisonné, je me promets d'attaquer la deuxième manche et avec un peu de chance - des sorties de mes concurrents - on ne sait jamais... l'espoir fait vivre, et skier.

Mon second passage est meilleur et je finis 6ème de cette course, position honorable avec un chrono déplorable. Je me satisfait de ce résultat, même s'il déclenche un certain nombre d'interrogations - en vue d'améliorations futures. Surtout, je me réjouis de la troisième place de Fred qui a regagné deux places sur le second run. Et je vois à ses yeux embués lorsqu'il enlève son masque que je ne suis pas le seul à vivre des émotions fortes dans les aires d'arrivée, lorsque les secondes des concurrrents s'égrennent une à une...

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