dimanche 7 septembre 2014

Tribut à Tof

Christophe Perez a rangé ses outils.

Le MacGyver de l´Équipe de France handisport ne posera plus ses caisses de matos sur les pistes du monde entier. Connu sur tous les circuits pour être capable de dépanner les situations les plus désespérées, celui qui a ressoudé un uniski quelques minutes avant une course a éteint son chalumeau.

Son univers: l´aire de départ. Combien d´entre nous lui ont écrasé la paume de la main d´un coup de poing plein de rage au départ des courses ? Il réagissait toujours avec le mot pour rire - le mot qui permet d´allier la rage à la décontraction, le mot juste qui met l´esprit dans son état optimal. Ce mélange ni trop tendu ni trop relâché faisait de sa présence là-haut un élément de plus à notre confiance et à nos réussites. Il fait partie de ces hommes de l´ombre qu´on aime avoir près de soi, rassurant, concret, terre à terre, vif, malin et humble. Loin de chercher les projecteurs, Tof restait une valeur sûre en toutes circonstances, appliqué et pareillement efficace sur une coupe de France comme sur des Jeux Paralympiques. ¨Beaucoup de sang froid" aurait-il pu dire, avec son humour à toute épreuve.

Tof et les jeux de mots, Tof et les histoires rocambolesques, Tof qui se planque avec Fred pour s´en griller une petite, Tof qui farte en sifflant, Tof qui fait les carres en fredonnant, Tof qui racle en chantant à tue-tête, Tof le sherpa qui porte quatre paires de ski, ¨allô Tof, tu peux récupérer quinze paires chez Ski Clinic?¨, Tof qui démonte le sabot d´un dual, Tof qui découpe des patinettes trop longues, Tof qui hurle ¨allez!¨, Tof qui fait la holà, Tof qui sangle Yo: ¨je serre encore ?¨, Tof qui fait la teuf, Tof qui répare une fixation, Tof qui conduit, huit heures de bus, le temps de parler, de blaguer, de rigoler, de jaser, de jouer les imitateurs, de regarder l´avenir, de refaire le monde, de refaire la vie.

Aire d´arrivée, mercredi 22 Janvier 2014, Copper Mountain, Colorado, Christophe redescend le matos, il arrive après les autres. Il est au courant par talkie-walkie, on s´étreint, les larmes de la victoire aux yeux. Là-haut, dix minutes plus tôt, il avait  chaussé le ski course, tendu à bloc la lanière de sécurité, pris la veste, serré les scratchs des avants-bras, contrôlé la fixation avant, versé un peu de dégrippant sur les déclencheurs des stabs, poussé doucement le bob vers la cabane de départ, ôté la neige du dessus du ski, tiré le dossard vers le bas, et glissé à l´oreille des mots simples: ¨fais juste ce que tu sais faire, ni plus ni moins¨. Et de hurler ¨vas-y¨ au moment de s´élancer. Routine d´une course. Routine de cette complicité qu´il avait batie avec chacun d´entre nous, en fin observateur  de nos petites manies. Artisan incontestable de tant de succés.

Il a rangé sa caisse brutalement, nous voila orphelins des aires de départ. 



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